Comprendre l’agressivité : un parcours de recherche
Depuis longtemps, j’avais cette curiosité, une interpellation récurrente au sujet de : l’agressivité
Pourquoi certaines personnes réagissent-elles de manière agressive ?
D’où viennent ces comportements, et comment les expliquer ?
Ces questions ont orienté le thème de mes recherches scientifiques puis de mon doctorat en psychologie.
Choisir un terrain d’étude
À ce moment là, je faisais des stages dans des Instituts Médico-Éducatifs (IME) , dans lesquels j’observais une fréquence importante de comportements agressifs chez les enfants et les adolescents. Alors, j’ai décidé de traiter cette question auprès d’eux.
Ces jeunes présentaient une déficience intellectuelle (DI), parfois associée à un trouble du spectre de l’autisme (TSA).
C’est en observant ces situations que j’ai décidé de centrer mes recherches sur cette question : mieux comprendre les manifestations agressives chez les personnes présentant une DI, avec ou sans TSA.
Première problématique : l’absence d’outils adaptés en France
Rapidement, une difficulté s’est imposée : en France, il n’existait pas d’outils validés permettant d’évaluer l’agressivité de manière fiable dans cette population.
Mon premier objectif a donc été : trouver, traduire, adapter et valider en français des outils utilisés à l’international.
J’ai choisi :
le C-SHARP (Children’s Scale of Hostility and Aggression: Reactive/Proactive, Farmer & Aman, 2009),
et le BPI-S (Behavior Problems Inventory – Short Form, Rojahn et al., 2001/2012).
Cette démarche a nécessité un travail rigoureux auprès de plus de 300 enfants et adolescents en France. Une collaboration précieuse avec plusieurs établissements médico-sociaux.
Valider scientifiquement : un passage obligé
Traduire un outil ne suffit pas : il faut démontrer scientifiquement qu’il est fiable, cohérent et adapté au contexte culturel.
Pour cela, j’ai mené des analyses psychométriques qui ont confirmé que les versions françaises du C-SHARP et du BPI-S :
mesurent bien les concepts visés,
sont cohérentes et reproductibles,
et permettent une utilisation pertinente dans le contexte clinique français.
Ainsi, nous disposons aujourd’hui de d’échelles fiables pour évaluer l’agressivité en France.
Ce que ces outils permettent d’étudier
Avec ces instruments, il est désormais possible d’analyser :
la fréquence et la sévérité des comportements agressifs,
leurs formes (physiques, verbales, relationnelles, automutilations, …),
leurs fonctions : agressivité réactive ou proactive.
Cette précision offre une meilleure compréhension de ces manifestations comportementales et une aide précieuse pour adapter l’accompagnement clinique.
Aller plus loin : d’autres axes de recherche
Une fois ce premier objectif atteint, j’ai pu élargir mes recherches et explorer deux grandes questions :
Comment les expressions de l’agressivité varient-elles selon les diagnostics (DI seule ou DI + TSA) ?
Existe-t-il un lien entre le jugement moral et l’agressivité chez ces jeunes ?
Ces travaux, menés en collaboration avec mon directeur de thèse et d’autres chercheurs, ont mis en lumière des différences significatives entre profils diagnostiques et montré l’importance du développement moral dans la régulation des comportements agressifs.
