Il y a deux semaines j’avais terminé ma chronique en disant que les artistes s’autorisent de plus en plus à explorer de nouvelles choses. Et ça passe notamment par ce qu’on appelle l’hybridation musicale. C’est ce que je souhaite vous partager aujourd’hui, ma sensibilité à ce mouvement et mon sentiment.
Hybridation musicale : définition, évolution
Ça consiste à combiner des éléments de genres musicaux différents dans une même composition. Mais je crois que c’est bien plus que ça, je vais le développer.
Ce n’est pas nouveau, cependant, dans un article Zenouda, Maitre de conférence, confirme que nous sommes dans une ère dans laquelle cela s’est particulièrement développé grâce à une plus grande accessibilité aux technologies numériques, aux plateformes de diffusion et réseaux sociaux. Dans notre scène locale on a beaucoup d’hybridations musicales liées à l’immigration.
Hybridation musicale : Afro
Ces dernières années nous avons tous constaté ces fusions des genres et des sonorités, notamment avec une forte présence et un grand succès de l’afrobeat, à un moment l’afrotrap, à la fois dans le paysage musical français et internationale.
Hybridation musicale : Orientale
Et plus récemment, il y a une voix qui se développe particulièrement, on pourrait dire une voix arabe contemporaine, arabophone ou de façon plus large, néo-orientale, des artistes qui chantent – rappent – en français et en arabe, parfois même français, arabe et anglais, sur des airs traditionnels, orientaux, infusés de sonorités RnB ou électro.
Et je l’ai vu se développer ce mouvement, particulièrement, de l’autre côté de la Méditerranée, lors de voyages au Maroc, je constatais de plus en plus chez les jeunes, une ouverture au monde, une curiosité, une volonté, puis petit à petit, un désir de faire évoluer la langue : le darija était de plus en plus ponctué de mots français puis anglais. Un nouveau langage, pour être au plus près de sa réalité, de sa vérité.
Dans le même temps, les oeuvres musicales hybrides se développent et je retrouve ce bi – tri- linguisme chez des artistes comme Lolo Zouai, Saint Levant, Tif, et bien d’autres…
Qu’est ce que cette hybridation dit de nous ?
Il me semble que ce mouvement s’inscrit dans une quête de récits collectifs mais aussi de redéfinition identitaires.
Les artistes dont je parle ont eu une expérience intime de la pluralité culturelle, de la migration ou de l’exil de près ou de loin. Ils ont tous « un ici et un ailleurs ».
J’ai souvent entendu la difficulté de se situer, il y a une expression souvent employée : « se sentir dans un entre deux ». Cette hybridation musicale, c’est une prise de liberté, une réponse à cet « entre deux », le refus de la confrontation et le désir d’une composition, je peux être un peu de tout, un peu d’ici, un peu de là bas, je m’autorise cela.
Quand j’écoute cette musique, j’entends la transformation de ce qu’à pu être la souffrance de l’entre deux en une chance de l’entre deux.
Ces artistes créent des ponts entre deux rives, ils présentent la possibilité d’une continuité, entre passé et présent, entre parents et enfants, une musique qui fait du bien, qui fait du lien, c’est ce dont nous avons besoin.
